Archivos para Mayo, 2008

4 minutes avec Jean-Pierre Berlan

“Le vocabulaire est trompeur, il est utilisé par les scientifiques pour cacher ce qu’il font. La génétique joue un rôle idéologique dans cet affaire et l’idéologie consiste bien à exprimer les valeurs, les envie ou les besoins des classes dominantes, en prétendant que ces valeurs soient parfaitement naturels et objectifs… une naturalisation des rapports sociaux.”

Jean-Pierre Berlan dans une interview traite du film Alerte à Babylone de Jean Druon.

Vidéo fort recommandé pour ceux qui s’intéressent au [mauvais] développement de l’agriculture et des biotechnologies…

Vidéo

Voir également les articles parus dans Le Monde Diplomatique et dans ATTAC Suisse.

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

[...] savoir, la résolution préalable de ne pas s’en remettre dans la science à l’autorité des pensées d’autrui, mais de tout examiner et vérifier soi-même et ne suivre que sa propre conviction [...].

Hegel, Phénoménologie de l’esprit, Introduction.

Pasteur, Mouton, Les deux ou Aucune des réponses précédentes?

La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est aisé d’être mineur! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc où ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

E. Kant, Qu’est-ce que les Lumières? (1784)

Vie quotidienne d’un non-chômeur

…ça fait presque deux ans que tu travailles dans cette boîte, et tu es encore là aujourd’hui. Le téléphone n’arrête pas de sonner, ta tête commence à devenir lourde et un sons sourd envahie ton cerveau… à force de continuer à prendre des appels, tu n’arrives plus à gérer le cumule d’activité.

C’est pas grave, tu penses, et tu bloques ton téléphone pour pouvoir au moins organiser ce que tu as à faire. Après cela, tu te dis, je prendrai un café et je descendrai à fumer une cigarette. Oui, c’est ça. Après tout, ça fait quatre heures que je suis là et je ne me suis pas levé même pas pour aller à la toilette, tu te justifie.

Tu te justifie même si personne t’a demandé quoi que ce soit, c’est comme ça que fonctionne le contrôle: le dispositif, étant intériorisé par le sujet contrôlé, n’a plus besoin d’être réel; il existe dans ta mémoire, dans ta conscience et dans ton inconscience. Toutes tes activités sont désormais organisées en fonction de lui, de ce qu’il prévoit comme comportement acceptable ou inacceptable, de ce qui constituent ses attentes et ses exigences par rapport à ta personne.

En lançant un profond respire, tu remplis tes poumons de l’aire réchauffé par les ordinateurs et les corps de tes trente-cinq collègues. En commençant à organiser ton travail, tu t’aperçois qu’il y a quelqu’un qui s’approche à ton poste. C’est ton superviseur. Tu essayes de l’expliquer mais il te montre le tableau électronique pendu au fond de la salle où tu vois clignoter le nombre des appels en attente. Au même temps arrive le chef, très inquiète parce que trop de clients sont en attente. Il déloge un superviseur et prend le téléphone.

Il veut t’apprendre à être disponible. Il veut que tu le regardes décrocher le téléphone pendant que tu es là, à faire qui sait quoi, à faire peut être rien. Oui, peut être qu’il pense que je fais rien, tu te tourmentes… Tu l’entends mâcher l’espagnol. Il n’arrive pas à communiquer avec le client. Après deux tentatives, il demande au client de patienter, et avec son ton de pauvre con et ses yeux de mouton égorgé, te demande si tu peut prendre le client. Heureusement son jeu tu l’as bien compris, et tu te laisse pas faire.

Pourtant la tension monte. Le ton de la voix du groupe s’élève et après quatre minutes du début du pic d’appels, au moins un de tes collègues s’est lâché avec un client difficile. Cette fois c’est celui en face de toi. Tu as regardé son visage prendre du rougeur, tu as même baissé ta tête pour te protéger de son regard, mais ses yeux te fixent durement. Impossible échapper à son raconte.

Tu te demandes si demain ça finira et pour pouvoir te faire courage, tu te dis que ce soir tu enverras encore une fois un CV, peut être même avant de partir de ton poste de travail. Tu n’as pas oublié que les instruments du travail ne peuvent pas être utilisés pour fins personnels. Tu es bien conscient que la direction a accès à tous les mouvements que tu fait sur l’ordinateur. Chaque click, chaque mot que tu as tapé, tout est resté enregistré à disposition du contrôleur, dans le cas où ton comportement extérieur donne des signes d’inquiétude. Mais ce n’est pas ton cas.

Tu sors en fin pour une petite pause et tu regardes les gens passer à ton coté jusqu’à quand ton regard se perd dans le mouvement. C’est quoi la vie? tu te demandes, C’est quoi vivre?

Plus de rien

Ce n’est pas évident le moment que nous vivons aujourd’hui. J’entend par là le moment historique, les conditions de vie dans ce moment.

En Europe nous avons connu dans la dernière décennie une processus de délocalisation en Chine et dans les pays de l’est, où les gens ne connaissent même pas le significat des mots “droits de l’homme”, et où les entreprises n’ont pas besoin de se préoccuper pour les conditions de sécurité, d’hygiène, de repos journalier, hebdomadaire ou annuel de ses employés. Ce sont des pays où les gens vivent sous le joug de l’oppression politique et toute manifestation de masse fait objet d’une répression plus ou moins sanglante.

Les entreprises de production européennes ont trouvé là bas, un terrain fertile pour baisser largement les coûts de main d’œuvre et des matières premières, en augmentant ainsi ses revenus et ses chiffres d’affaires de façon importante.

C’est dans les mêmes années qu’en Europe on assiste à l’élimination de la classe ouvrière européenne, déjà trop coûteuse pour les entreprises. En effet, cette classe de travailleurs avait très bien compris quel était l’enjeu de l’économie, elle était informée des revenus des patrons et du marge gagné par l’entreprise avec chaque heure de travail accompli. Cette classe avait compris qu’une nouvelle et plus équilibrée distribution de la richesse était essentielle à la survie de ses enfants, mais aussi à la possibilité que ses enfants eussent d’obtenir une promotion sociale, c’est-à-dire, d’aller à l’université, d’avoir des meilleures conditions de vie, de rémunération et de travail que eux.

Ces travailleurs ont ainsi organisé sa revendication d’une amélioration des conditions de vie, en pensant pas seulement en eux-mêmes mais surtout dans les générations suivantes. Pourtant, ils avaient pas pris en compte la possibilité de la délocalisation.

L’Europe post-industrielle est ainsi devenue un espace économique virtuel: la virtualité de la finance et des services se constituant comme le terrain économique par excellence. Dans cette virtualité voici Nous que faisons l’entrée triomphale, avec le ventre plein, bien habillés, avec nos diplômes et nos compétences linguistiques obtenues grâce aux programmes Erasmus financés par la CE. Mais quoi? nous ne sommes que la nouvelle classe ouvrière déguisée! Sauf que nous nous trouvons à recommencer tout du début, la scène ayant changée mais pas le directeur. Nous nous trouvons à devoir comprendre d’abord, quel est notre rôle dans cet enjeu mondial et en deuxième lieu, à saisir l’impact des changements législatifs sur nos vies et sur celles des générations futures. Ce n’est pas une tâche facile, surtout si nous sommes toujours convaincus de vivre dans le meilleur des mondes possibles…

Et voici le rêve de nos parents brisé. Et voici le rêve de Staline réalisé:

Un continent en continuité territorial homologué sous la même culture de consommation qui achette dans des grands magasin des habillements-uniformes, qui ont tous le même revenu, le même pouvoir d’achat, où les gens sont envahis par les mêmes messages publicitaires, les mêmes programmes de TV, les mêmes problématiques éthiques et pratiques. Une masse unie par deux peurs fondamentales qui gouvernent la vie et l’activité des personnes: le terrorisme et le chômage.

L’aliénation à laquelle nous sommes arrivés, n’avait jamais connu une telle sommet. Au même temps que nous nous croyons libres comme jamais, un ennemi invisible et pourtant envisagé comme réel nous force à maintenir la tête baisse et les mains croisées à l’arrière. Jusqu’à quand pourrons-nous tolérer cette humiliation?

En effet, nous sommes libres de choisir… d’acheter chez Zara ou chez Benetton;

nous sommes libres de voyager en Europe… mais n’oublions pas qu’une chose c’est faire tourisme et une autre, bien différente, c’est vouloir changer pays de résidence, les difficultés et les obstacles burocratiques étant très démotivants;

nous sommes libres de nous exprimer… tant que nous n’avons pas accès aux moyens de communication de masse (sinon demandez-le à M. Guillaume Dasquié).

Voilà que le capitalisme a compris que finalement le stalinisme n’était pas si mauvais que ça… tout est melangé, tout est distorsioné, tout est manipulé, tout est accepté avec soumission. Aucun espace au sain doute, au sain scepticisme et la préoccupation pour les générations futures est tombée dans l’oubli… On arrive plus à distinguer le vrai du faux, l’important de l’insignifiant, la liberté de la prison, l’ami de l’ennemi… et le mot de passe est partout l’hypocrisie.

Plus de tout, demandons. Plus de rien…