Archivos para Noviembre, 2008

La vérité et la lune

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Hélicon: Et qu’est-ce donc que cette vérité, Caius?

Caligula, détourné, sur un ton neutre: Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.

Hélicon, après un temps: Allons, Caius, c’est un vérité dont on s’arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n’est pas cela qui les empêche de déjeuner.

Caligula, avec un éclat soudain: Alors, c’est que tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu’on vive dans la vérité! Et justement, j’ai les moyens de les faire vivre dans la vérité. Car je sais ce qui leur manque, Hélicon. Ils sont privés de la connaissance et il leur manque un professeur qui sache ce dont il parle.

Hélicon: Ne t’offense pas, Caius, de ce que je vais te dire. Mais tu devrais d’abord te reposer.

Caligula, s’asseyant et avec douceur: Cela n’est pas possible, Hélicon, cela ne sera plus jamais possible.

Hélicon: Et pourquoi donc?

Caligula: Si je dors, qui me donnera la lune?

Albert Camus, Caligula, Acte I, Scène IV

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

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Il n’y a rien de barbare ou de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.

Montaigne, Essais I, 31

Quaderni d’Italia. Inconsistenza

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Cadere nell’inconsistenza

cos’è quello che ci tiene in vita?

Sfuggire all’inconsistenza

la vita è profondamente dolore

momenti di humor nero e sarcasmo

ferite che non guariranno mai

che faranno sempre più male

Vivere nell’inconsistenza

sentire la vacuità di ogni proposito

ché sono convinta di vivere un’intera vita

nell’attesa di un attimo di gioia.

Histoire de Buenos Aires. 1880-1936 : la métamorphose

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Aucune période d’expansion économique, technologique et sociale, n’a été aussi remarquable dans l’histoire argentine que celle qui commence avec l’extension des limites de Buenos Aires (1880), alors qu’elle avait été déclarée capitale de la République, et culmine avec la construction de l’obélisque (1936), le symbole urbain le plus puissant.

En effet, seulement dans la période 1896-1914 le commerce extérieur passe de 73.000.000 à 725.000.000 pesos-or. Entre 1881 et 1914, à peu près de 4.200.000 immigrants arrivent à l’Argentine. Le réseau de chemins de fer augmente de 2.400 à 33.700 km et les 23.000 établissements industriels en 1895 vont être 48.000 en 1914. Le 8 juillet de 1882 se décrète l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire, et l’analphabétisme, qui était de 77% au début de cette période, descend alors à 36% en 1914.

Pour toute nation puissante il faut une capitale qui reflète la culture et la société qui l’a fondée et développée. Buenos Aires est ainsi transformée d’une grande bourgade en métropole, selon le goût de l’élite qui détenait le pouvoir. Il faut souligner que l’oligarchie argentine est éduquée à l’européenne, elle est habituée à séjourner en Europe, à fréquenter les meilleures universités. Il s’agit des personnes qui parlent français et anglais à niveau soutenu et qui disposent d’une très vaste culture général. Les idées politiques sont de même issues de l’Europe républicaine, notamment pendant les années de la Révolution de Mai, Le Contrat Social vole de main en main et Robespierre est un modèle d’homme politique.

Buenos Aires, se prend pour un prolongement de l’Europe, affirme Sarmiento dans son chef d’œuvre Facundo, publié trente cinq ans avant de l’apogée de l’idée d’européanisation de la ville. En effet, les caractéristiques culturelles de l’oligarchie argentine sont déjà présentes avant la période qui nous nous concerne:

«Il suffit de pendre une liste d’habitants de Buenos Aires pour voir combien abondent parmi les fils du pays les noms anglais, français, allemands et italiens. En 1820 la société commence à s’organiser selon les idées nouvelles dont elle est imprégnée, et le mouvement continue jusqu’à ce que Rivadavia2 se mette à la tête du gouvernement. [...] Amnistie, sûreté individuelle, respect de la propriété, responsabilité de l’autorité, équilibre des pouvoirs, éducation publique, tout, enfin, se fonde et s’établit pacifiquement. Rivadavia vient en Europe, rapporte l’Europe; plus encore, il méprise l’Europe; Buenos Aires, et naturellement la république Argentine, ajoutait-on, devait réaliser ce que n’avait pas pu la France républicaine, ce que ne voulait pas l’aristocratie anglaise, ce après quoi soupirait l’Europe en proie au despotisme. Ce n’était pas là une illusion de Rivadavia, c’était la pensée général de la ville, c’était son esprit et sa tendance.»3

En 1888, les limites de la ville se sont étendues de 4.000 à 18.000 hectares, alors que Paris, à la même époque n’en possède que 7.900. Les nouvelles limites sont au sud, le Riachuelo, au nord et à l’ouest, l’avenue de circonvallation Général Paz. À l’est, on trace deux avenues long du rivage, la Costanera Sur et la Costanera Norte, car il fallait aussi rendre le Rio de la Plata à la ville. Et en effet, il devient un motif de promenade et découverte.

La structure de la cité garde sa forme coloniale, c’est-à-dire, elle se développe à partir de la grille rectiligne selon l’usage dans toutes les fondations de villes en Amérique hispanique. Or, le “grand damier” a besoin de s’urbaniser. Sur le modèle à suivre n’a pas de discussion: Buenos Aires devait devenir la Paris Austral.

* * *

1 D. F. Sarmiento, Facundo, L’Herne, Paris, 1990, p. 142.

2 Bernardino Rivadavia est le premier président argentin (1926-1927). Puisque il fallait attendre la sanction de la Constitution National (1853), Rivadavia est président provisoire désigné par le Parlement.

3 Ibidem, p. 143.

Photo: Hotel de Ville de Buenos Aires (1910).

Ganas de un tiempo oblicuo

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Te diré de lo que tengo ganas:

tiempo, tiempo en dedos que se cruzan

dejar que transcurra en nosotros un tiempo oblicuo

dejar que se mezclen las cosas alrededor, y se confundan

dejar que los cuerpos se vuelvan sal, o arena,

tiempo de cristales en talones

heridas que se vuelvan risas

soles que floten en paralelas infinitas

Qué soy que no sepas que fui?

Y te daré lo mejor de mí

Y vengaremos toda distancia.

La idea, la mujer y el sueño

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Por muy bien condicionado que esté, el equilibrio del espíritu es siempre relativo. El espíritu apenas se atreve a expresarse y, caso de que lo haga, se limita a constatar que tal idea, tal mujer, le hace efecto. Es incapaz de expresar de qué clase de efecto se trata, lo cual únicamente sirve para darnos la medida de su subjetivismo. Aquella idea, aquella mujer, conturban al espíritu, le inclinan a no ser tan rígido, producen el efecto de aislarle durante un segundo del disolvente en que se encuentra sumergido, de depositarle en el cielo, de convertirle en el bello precipitado que puede llegar a ser, en el bello precipitado que es. Carente de esperanzas de hallar las causas de lo anterior, el espíritu recurre al azar, divinidad más oscura que cualquiera otra, a la que atribuye todos sus extravíos. ¿Y quién podrá demostrarme que la luz bajo la que se presenta esa idea que impresiona al espíritu, bajo la que advierte aquello que más ama en los ojos de aquella mujer, no sea precisamente el vínculo que le une al sueño, que le encadena a unos presupuestos básicos que, por su propia culpa, ha olvidado? ¿Y si no fuera así, de qué sería el espíritu capaz? Quisiera entregarle la llave que le permitiera penetrar en estos pasadizos.

André Breton, Primer manifiesto surrealista.

Histoire de Buenos Aires. 1930 : l’évolution de l’extrême droite et la chute de la démocratie

Le gouvernement radical est identifié à la nouvelle classe moyenne issue de l’immigration et aux ouvriers. La Révolution Rouge qui représente pour beaucoup de gens l’espoir d’un avenir plus digne, est un danger aux yeux des nationalistes et justifie une propagande extrémiste, dont l’un des porte-parole est le poète Leopoldo Lugones. Son propos concerne soit l’«extirpation de l’étranger maléfique»1 soit la demande de l’armée pour terminer avec la démocratie populaire du radicalisme. Le nationalisme trouve inspiration dans l’Action française et le fascisme italien. Mais au delà des intellectuels et des sources d’inspiration idéologique, l’extrême droite organise des forces paramilitaires qui envahissent peu à peu les rues.

Pour renforcer le pouvoir de l’État dans la sphère économique, le Présidente radical Yrigoyen décide nationaliser les sources d’énergie, notamment l’industrie du pétrole, en heurtant les intérêts de l’entreprise la plus puissante Standard Oil. À cet affrontement on doit ajouter la dépression économique des années ‘29 : la chute brutale du prix de matières premières affecte gravement l’économie argentine et déstabilise la société.

Le 6 septembre 1930, le Président est chassé de la Maison Rosée par un coup d’état militaire aux ordres du Général José Felix Uriburu qui inaugurera la période connue comme la “décennie infâme”.

La loi martiale est instaurée, les dirigeants ouvriers sont déportés, les militants radicaux persécutés et les grèves des étudiants interdites. La torture est inaugurée comme pratique pour éliminer tout opposant et toute aide de la citoyenneté aux opposants. Yrigoyen est transféré à l’île Martín García, dont la prison est réservé aux prisonniers politiques et y restera pendant deux années.

Le 3 juillet 1933, dans sa modeste maison, veillé par milliers de personnes dans la rue, Hipolito Yrigoyen, le “défenseur le plus grand de la démocratie en Amérique”, le dernier “caudillo”, le cher “peludo”, s’éteignit.

Buenos Aires restera désormais divisée par une barrière de classe. Le nord bourgeois des beaux quartiers dont l’architecture suit la mode des grandes villes européennes: le Centre, Barrio Norte, Florida, Recoleta, Palermo et au delà les quartiers résidentielles de Belgrano jusqu’à San Isidro. Le sud ouvrier des immigrants: le vieux San Telmo, La Boca et au delà du Riachuelo, limite sud de la capitale, le faubourg industriel d’Avellaneda.

* * *

1 C. Bernard, Buenos Aires 1880-1936, Autrement, Paris, 2001, p. 89.

Photo: Uriburu et Juan B. Molina vers la maison du gouvernement le 6/09/1930.

Todos los fuegos, mi fuego.

Volcán de pasiones

estoy a punto de explotar.

Yo, diosa de amores trágicos

y teñidos de melancolía

sobrevolando crepúsculos

llegaré al final de mis días

habiendo dejado quién sabe

cuántos sueños incumplidos

pero teniendo el corazón repleto

de heridas y de sonrisas

y no podré negar

haber amado

hasta la última de mis células

hasta la última de mis esperanzas

porque esos dioses habitan en mí

como el aire en esta tierra

imprescindible armonía

guardián de la vida toda

invisible circulación sanguínea.