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La vérité et la lune
Hélicon: Et qu’est-ce donc que cette vérité, Caius?
Caligula, détourné, sur un ton neutre: Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux.
Hélicon, après un temps: Allons, Caius, c’est un vérité dont on s’arrange très bien. Regarde autour de toi. Ce n’est pas cela qui les empêche de déjeuner.
Caligula, avec un éclat soudain: Alors, c’est que tout, autour de moi, est mensonge, et moi, je veux qu’on vive dans la vérité! Et justement, j’ai les moyens de les faire vivre dans la vérité. Car je sais ce qui leur manque, Hélicon. Ils sont privés de la connaissance et il leur manque un professeur qui sache ce dont il parle.
Hélicon: Ne t’offense pas, Caius, de ce que je vais te dire. Mais tu devrais d’abord te reposer.
Caligula, s’asseyant et avec douceur: Cela n’est pas possible, Hélicon, cela ne sera plus jamais possible.
Hélicon: Et pourquoi donc?
Caligula: Si je dors, qui me donnera la lune?
Albert Camus, Caligula, Acte I, Scène IV
L’amour, ce sacré fugace
Pendant que les nouvelles vierges sacrifient sur l’autel de la lune leur virginité fraîchement acquise, leurs mères, sorties pour un jour du gynécée familial, se livrent aux égoutiers du temple, aux gardiens des écluses sacrées, qui, émergeant pour un jour aussi de leurs ténèbres, viennent offrir leur sexe mâle aux rayons du soleil extérieur.
De ces Galles qui jettent leur membre en courant, qui perdent leur sang en abondance sur les autels du dieu pythique, des femmes deviennent amoureuses soudainement. Et les maris, les amants de ces femmes respectent ces amours sacrées.
Ces explosions amoureuses ne durent qu’un temps. Les femmes quittent bientôt les cadavres de ces hommes recouverts de robes féminines, qu’ils ont reçues dans leur course mortelle.
Antonin Artaud, Héliogabale ou l’anarchiste couronné
Paris, mon amour, je t’ai quitté…
Tu va me manquer, toi ville des lumières. J’ai aimé tes rues, tes boulevards, tes petits chemins cachés. Je ramène avec moi quelque chose de chez toi, quelque chose d’indefinissable qui est désormais ôtage dans mon coeur.
Pourtant, je ne regrette pas ma décision, c’est que du bonheur avoir à nouveau des énergies et l’envie de commencer une nouvelle periode dans ma vie. Et puis… Buenos Aires a beaucoup de tes lumières…
Vie quotidienne d’un non-chômeur
…ça fait presque deux ans que tu travailles dans cette boîte, et tu es encore là aujourd’hui. Le téléphone n’arrête pas de sonner, ta tête commence à devenir lourde et un sons sourd envahie ton cerveau… à force de continuer à prendre des appels, tu n’arrives plus à gérer le cumule d’activité.
C’est pas grave, tu penses, et tu bloques ton téléphone pour pouvoir au moins organiser ce que tu as à faire. Après cela, tu te dis, je prendrai un café et je descendrai à fumer une cigarette. Oui, c’est ça. Après tout, ça fait quatre heures que je suis là et je ne me suis pas levé même pas pour aller à la toilette, tu te justifie.
Tu te justifie même si personne t’a demandé quoi que ce soit, c’est comme ça que fonctionne le contrôle: le dispositif, étant intériorisé par le sujet contrôlé, n’a plus besoin d’être réel; il existe dans ta mémoire, dans ta conscience et dans ton inconscience. Toutes tes activités sont désormais organisées en fonction de lui, de ce qu’il prévoit comme comportement acceptable ou inacceptable, de ce qui constituent ses attentes et ses exigences par rapport à ta personne.
En lançant un profond respire, tu remplis tes poumons de l’aire réchauffé par les ordinateurs et les corps de tes trente-cinq collègues. En commençant à organiser ton travail, tu t’aperçois qu’il y a quelqu’un qui s’approche à ton poste. C’est ton superviseur. Tu essayes de l’expliquer mais il te montre le tableau électronique pendu au fond de la salle où tu vois clignoter le nombre des appels en attente. Au même temps arrive le chef, très inquiète parce que trop de clients sont en attente. Il déloge un superviseur et prend le téléphone.
Il veut t’apprendre à être disponible. Il veut que tu le regardes décrocher le téléphone pendant que tu es là, à faire qui sait quoi, à faire peut être rien. Oui, peut être qu’il pense que je fais rien, tu te tourmentes… Tu l’entends mâcher l’espagnol. Il n’arrive pas à communiquer avec le client. Après deux tentatives, il demande au client de patienter, et avec son ton de pauvre con et ses yeux de mouton égorgé, te demande si tu peut prendre le client. Heureusement son jeu tu l’as bien compris, et tu te laisse pas faire.
Pourtant la tension monte. Le ton de la voix du groupe s’élève et après quatre minutes du début du pic d’appels, au moins un de tes collègues s’est lâché avec un client difficile. Cette fois c’est celui en face de toi. Tu as regardé son visage prendre du rougeur, tu as même baissé ta tête pour te protéger de son regard, mais ses yeux te fixent durement. Impossible échapper à son raconte.
Tu te demandes si demain ça finira et pour pouvoir te faire courage, tu te dis que ce soir tu enverras encore une fois un CV, peut être même avant de partir de ton poste de travail. Tu n’as pas oublié que les instruments du travail ne peuvent pas être utilisés pour fins personnels. Tu es bien conscient que la direction a accès à tous les mouvements que tu fait sur l’ordinateur. Chaque click, chaque mot que tu as tapé, tout est resté enregistré à disposition du contrôleur, dans le cas où ton comportement extérieur donne des signes d’inquiétude. Mais ce n’est pas ton cas.
Tu sors en fin pour une petite pause et tu regardes les gens passer à ton coté jusqu’à quand ton regard se perd dans le mouvement. C’est quoi la vie? tu te demandes, C’est quoi vivre?
Adieu personnalisé pour Monsieur Italo
Monsieur,
je voulais vous dire publiquement combien je vous estime.
J’ai eu l’honneur de vous serrer la main plusieurs fois et, croyez moi, cela n’arrive pas tous les jours. J’ai eu la merveilleuse occasion de discuter avec vous dans plusieurs opportunités et mes propos ont été objet d’un si vive intérêt de votre part que le seul souvenir de nos rencontres me remplit le coeur de joie.
Se trouver face à quelqu’un comme vous arrive, peut être, une seule fois dans la vie, mais seulement en ayant un coup de chance immense, comme c’était mon cas.
En effet, Monsieur, j’avais jamais eu l’occasion de connaître quelqu’un avec une si solide et véritable compétence dans l’art du Léchage-du-cul.
C’est comme si un passionné de philosophie avait la possibilité de se trouver à discuter face à Platon, ou comme si un fous de musique classique pouvait partager ses idées avec Mozart.
Je connais plusieurs pays dont j’ai eu plusieurs expériences: l’Argentine, l’Italie, l’Allemagne, la France; mais jamais, croyez moi, jamais, j’avais vu une telle compétence et une telle qualification pour nettoyer la merde des culs au dessus de votre tête, votre technique est carrément inimitable.
Certes, l’excellence à laquelle vous êtes parvenu tout au long de votre carrière professionnelle ne vous a pas laissé le temps de maîtriser des autres domaines, notamment dans la gestion du personnel. Mais vous devez pas vous blâmer Monsieur: même si c’est la seule et unique compétence que vous avez, vous êtes l’incomparable, l’inégalable, le plus achevé des Lécheurs.
Je vous demande pardon pour vous avoir déçu si profondément, en fait, ma maladresse, mon inaptitude et mon impéritie m’ont empêché de tirer profit d’une si unique opportunité, et malgré votre exemple je n’ai pas pu apprendre la technique de l’authentique Léche-cul.
Cependant, ne vous laissez pas démotiver à cause de mon cas désesperé, car il y a bien des stagiaires très doués qui se voient déjà en concurrence pour la première place au “Petit Lécheur de l’année” et ils font des grands efforts pour y arriver.
C’est avec grands regrets que vous quitte, car ça sera très difficile de trouver une autre possibilité comme celle-ci.
Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
Productivité
Selon le Petit Larousse illustré, edition 2007, page 868, le mot productivité est ainsi défini:
Selon l’encyclopédie libre Wikipédia, la productivité
“est une mesure de l’efficacité de la production. On distingue la productivité en volume (ou productivité physique), qui mesure le rapport entre le nombre d’unités produites et la quantité de facteurs de production utilisés) et la productivité en valeur (rapport entre la valeur de la production et le coût des facteurs de production).”
“La productivité du travail est définie comme la production (en terme de quantité de biens ou de services produits) obtenue pour chaque unité du facteur de production « travail » utilisé. Par exemple, si le travail est mesuré en nombre d’heures travaillées, la productivité sera égale au ratio entre la quantité produite sur une période temporelle (un jour, une semaine, une année) et le nombre total d’heures travaillées par les employés pendant cette période.”
Voyez vous des indicateurs concernant l’ancienneté? est-ce que le temps d’ancienneté serait-il en rapport avec la définition de productivité?
Absolument pas.
Cependant dans une entreprise que je connais très bien, pour avoir droit à la prime de productivité, il faut avoir cumulé une année d’ancienneté.
Pourrait-on pas envisager un cours d’économie de base pour le management? Ou mieux encore un séminaire d’éthique professionnel?
Cual burro tras zanahoria…desde septiembre tiramos el carro…
La main invisible de l’informatique
Cette histoire commence par hasard, quand quelqu’un essaye de savoir des choses sur moi. Choses simples comme par exemple, où je me trouve actuellement. Chose plutôt banale vu que c’est écrit dans cette même page à l’onglette “about me”. Il s’agit de quelqu’un que je ne vois pas depuis long temps mais je n’entrerai pas dans les détails, ce qui m’intéresse de raconter ici c’est une autre nuance de l’événement que constitue le rencontre “virtuel” avec ce personnage.
Il m’arrive souvent de travailler les dimanches, quand il n’y a pas heureusement beaucoup de travail; je passe donc le temps sur internet à la recherche plutôt de rien que de quelque chose en particulier. Comme ça, il m’arrive de tomber sur le blog du personnage en question, où je m’amuse à lire les conneries qu’il écrit. Et c’est avec le même esprit ironique que j’ai répondu à mon tour dans le blog à moi.
Évidement ma visite reste enregistrée dans son blog, avec les coordonnées du serveur d’où je suis sortie.
Le personnage en question, en s’apercevant de ma visite et en lisant ma réaction, est prêt à me harceler avec toute une série de affirmations-questions-accusations dont l’absurdité est si évidente comme le fait que la nuit suit au jour et le jour à la nuit. Entre tout ça, il y avait une affirmation que m’a laissée perplexe: le fait que je me trouverais à Issy les Moulineaux et pas à Lyon.
Comme, heureusement, j’ai des autres choses plus intéressantes à faire, j’ai laissé tomber.
Au bout de quelque jour, et voilà que j’arrive au noyau de l’événement, je reçois dans ma boite au boulot, un courriel qui ne me concerne pas. Il concernait le service informatique. De plus, le service informatique n’étant pas celui de la filiale dans laquelle je travaille, mais un autre, je ne sais pas lequel. Mon adresse n’était nulle part, l’e-mail étant là-devant comme par magie…
Il s’agissait d’un courriel sans aucune information importante, rien de particulier, toute simplement une demande de devis… et étant donné qu’il était pas pour moi, je l’ai lu très rapidement, juste pour curiosité, et je l’ai effacé.
Or, c’était après l’avoir effacé que j’ai compris: le devis demandé dans la email qui m’est arrivé, concernait une connexion ethernet (à niveau software) de Lyon à Issy les Moulineaux. Malheureusement, j’ai pas retenu les dates d’envoi ni des autres particuliers, qui auraient été très utiles pour continuer cette réflexion.
Magie? Simple coïncidence? Événement fortuit? Hasard? ou Intentionnalité?
Pourquoi recevoir un courriel qui ne me concerne pas, chose qu’est jamais arrivée auparavant? Pourquoi recevoir un email qui ne me concerne pas, mais qui porte sur un élément qui m’est utile pour comprendre des autres événements? Pourquoi, enfin, sans aucune identité, “apparaître”, et donner des signaux clairs d’une présence qui me semble point inquiétante, voire obscure?
Très probablement, n’y a pas de sens dans tout cela, et très probablement, il y a quelqu’un de très intéressé dans mes affaires.
Comme dans le Moyen Âge, nous sommes face à l’informatique, perdus dans des connaissances fragmentaires et ambiguës, prisonniers dans une vision du monde obscurantiste et déterministe, où la magie et la vérité partagent le même dessinateur, la même “extensia”, la même nature d’inaccessible. Elles sont ensembles guidées par une main invisible que même en se révélant dans la réalité virtuelle de la numérisation des choses, nous reste cachée.
Le savoir et l’obscurantisme – Parés – 1996
De Paris a Buenos Aires – Le monde 3 de junio 1978
Transcribo aqui una carta al diario Le monde del director de France-Soir que se defiende ante la acusa del prestigioso cotidiano de no haber sido lo suficientemente categorico con el gobierno argentino como lo fue con el de Angola, en el contexto de una dictadura militar de extrema derecha en el primer caso y una de izquierda en el segundo. Entre pitos y flautas, se pelean para ver quien denuncia mas y mejor la situacion argentina y uno tiene como la sensacion de quedar pintado cuando todavia hoy, en ese pais austral, se baja un poco el tono de voz, se miden las palabras y sobre todo el interlocutor, cuando se habla de exterminio, de crimenes de lesa humanidad, de violacion de los derechos humanos…
[Negrita no presente en la version original]
Une lettre du directeur de “France-Soir”
M. Paul Winkler, directeur de France-Soir nous écrit:
Il était assez inattendu de trouver dans Le Monde du 27 mai la “libre opinion” de Sylvain Roumette commentant le reportage de notre envoyé spécial à Kolwezi, François Luizet.
M. Roumette relève en particulier les détails que donne Luizet concernant le déchainement de barbarie qu’il a constaté au Shaba. Sur quoi il se demande en quels termes France-Soir décrirait la situation en Argentine et si nous lui réserverions, le cas échéant, des manchettes du style “l’Argentine après la découverte des atrocités?” Il insinue en quelque sorte que nous ne manifesterions pas autant d’indignation pour condamner les atrocités d’un régime de droite comme l’Argentine que pour celles commises au Shaba par des “Katangais” entrainés par un pays de gauche comme l’Angola.
Je peux rassurer M. Roumette et les lecteurs du Monde: dès le mois denier, nous avons publié dans quatre numéros consécutifs du journal, un reportage de notre envoyé spécial en Argentine, François Corre, chaque fois sur une page entière, intitulé: “L’Argentine de la terreur” . Ces articles constituent, il me semble, le témoignage le plus accablant paru dans la presse française sur la terreur et la répression en Argentine. Ils étaient illustrés de nombreux témoignages et de photographies des victimes des tortionnaires. Une phrase que j’en extrais illustre bien le jugement que nous portons sur le régime policier de l’Argentine:
“C’est un univers proche de celui de IIIe Reich que nous découvrons”
Le temps de la peinture – Lyon 1800-1914
Vous pouvez visiter actuellement et jusqu’à fin juillet, l’expo Le temps de la peinture – Lyon 1800-1914 dans le musée des Beaux-Arts (place Terreaux).
On y trouve 250 œuvres de peintres constituants l’école lyonnaise, qui se développe à partir de l’ouverture de la nouvelle École impériale des Beaux-Arts de Lyon, créée en 1805.
Dans les portraits de groupe et les scènes d’atelier j’ai trouvé une jeune école qui se conçoit comme une fraternité, il y a plusieurs exemples, L’Atelier de Révoil de Jacomin, L’Atelier de Cochereau, ou Les artistes à l’ile Barbe de Duclaux.
Dans ce milieu on s’aperçoit que la présence féminine est absente, soit en qualité d’artiste, soit en qualité de promoteur de l’art, on pourrait imaginer de trouver des portraits de la bourgeoisie lyonnaise par exemple, soit comme muse inspiratrice du peintre. En autre, pour ce que concerne les représentations, la place de la femme est toujours dans scènes domestiques, souvent dans la cuisine, ou dans la chapelle, en priant pour une fille malade: souffrance, travail domestique et devoir religieux semblent être les caractéristiques de la femme comme nous la reporte l’école de Lyon d’auprès la société lyonnaise du XIX siècle.
Le seul peintre qui semble valoriser au moins la valeur esthétique de la figure féminine dans la peinture est Louis Janmot: une superbe représentation d’une fille assise avec des fleurs dans le tableau intitulé Fleurs des champs, mais aussi dans La ronde ou Rayons de soleil, ou encore dans Les fiancés, la figure, le corps, la douceur du féminin y est.
Pourtant, n’y a pas un rappel explicite à la sensualité féminine, aucun nu, aucune scène érotique, aucune représentation qui exalte le féminin tel qu’est; sauf, et c’était un soulagement, La jardinière, de Simon Saint Jean: quasi cachée par le chapeau de fleurs et le bouquet qu’elle porte dans ses bras, on dévoile la sensualité du visage d’une jeune femme, la chaleur de son regard qui en fixant le spectateur, l’enchante.
Beaucoup d’autoportraits des artistes, dont celui de L. Janmot m’a vraiment impressionnée. L’artiste n’est pas seulement peintre, mais il semble scruter la réalité, l’interroger de façon perspicace, il est juge. En fait, son visage et son expression sont en premier plan par rapport aux outils du peintre qu’il a dans ses mains.
Enfin, “les peintres qui pensent”, comme les appelle Baudelaire, se sont exprimés à propos des valeurs et principes moraux, à ce sujet, très intéressant le tableau de Victor Orsel, dans Le Bien et le Mal, deux femmes sont protagonistes, l’une opposée à l’autre, comme les vertus sont opposés aux vices, PRUDENTIA-LIBIDO, MATRIMONIUM-CONTEMPTIO, FELICITAS-DESPERATIO: la voie du bonheur adressée aux jeunes filles qui y apprennent la chasteté, si bien qu’elles ne finissent pas par se tuer et par tuer son enfant, à cause de la solitude et la discrimination sociale.
Le seul dommage: le catalogue de l’exposition n’est pas disponible jusqu’à mi mai….







