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Histoire de Buenos Aires. Situation politique argentine au début du XXe siècle
Suite à la démission de Juárez Celman (1890), le vice-président Carlos Pellegrini accéde à la présidence de la Nation qu’il exerce jusqu’à octobre 1892. Il hérite une situation économique très difficile, suite à la gestion budgétaire désastreuse de son prédécesseur. Durant sa période présidentielle il réussit à assainir les finances de l’état, crée la Banque de la Nation Argentine ainsi que le prestigieux collège qui porte toujours son nom: la “Escuela Superior de Comercio Carlos Pellegrini”1.
Le 12 octobre 1892 fut consacré Président de la Nation Luis Sáenz Peña. Affaibli par les divers soulèvements des radicaux, il présente sa démission devant le Congrès le 23 janvier 1895, qui l’accèpte. Son mandat passe alors à son vice-président José Evaristo Uriburu jusqu’à 1898.
Julio A. Roca se représente aux élections en étant à nouveau élu président pour un deuxième mandat (1898-1904). En pleine situation de tension avec le Chili, Roca obtient la paix et la solution définitive de tous les litiges frontaliers grâce à la signature du Traité Argentine-Chili de 1902.
L’UCR représenta l’opposition politique à l’oligarchie en luttant pour la transparence électorale et la corruption. Toutefois, le plus grand danger pour l’oligarchie vient de l’anarchisme, implanté depuis plusieurs années et développé à travers des cercles et des organes de presse, dont le plus important “La Protesta” dénonce les mauvaises conditions de logement dans les conventillos, les maison collectives où habitaient les immigrants et les marginaux, lutte pour améliorer les conditions de travail des ouvrières, etc.
Une maison collective à Buenos Aires au début de siècle
Dans les mêmes années, le Partie socialiste est fondé et les anarchistes sont regroupés au sein de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine) fondée en 1901.
L’agitation ouvrière exacerbe la xénophobie car la plupart des ouvriers syndiqués sont étrangères. L’oligarchie propose la loi de résidence de 1902 selon laquelle “un étranger dont la conduite peut compromettre la sécurité nationale, troubler l’ordre public ou la tranquillité sociale peut être expulsé”2.
Mais ne sont pas seule les anarchistes à créer désordre public, les radicaux se mobilisent et en 1905 font un tentative de coup d’état, dont le vice-président José Figueroa Alcorta est pris en otage. Les groupes anarchistes se montrent aussi actifs, perpétrant de nombreux attentats et arrivant même à tuer le chef de la police Ramón Falcón en 1909, comme vengeance pour la répression criminelle exercée par la police lors des manifestations du 1er mai.
En 1910, à l’occasion de la commémoration du centenaire de la Révolution de Mai, la contestation politique atteint son sommet: l’attentat au théâtre Colon, symbole de l’élite illustré, et l’irruption des agitateurs dans les rues, perturbent les célébrations. Il fallait un changement.
En 1912, le présidente Roque Sáenz Peña (1910-1916) concentre ses efforts sur la démocratisation de la vie politique, il est le promoteur d’une réforme électorale basée sur trois principes: le vote secret, obligatoire, et l’inscription au registre électoral. La Loi N° 8871, connue à partir de ce moment là comme “Loi Sáenz Peña”, fait possible l’arrivée des radicaux au gouvernement qui restent au pouvoir de 1916 à 1930 en favorisant la participation politique des citoyens, la nationalisation de l’exploitation du pétrole et la diffusion de l’éducation universitaire.
En 1928, Yrigoyen accède au pouvoir pour la deuxième fois (le premier mandat était de 1916 à 1922) en remportant 57% des votes. L’ancien patriciat avait été complètement dépossédé du pouvoir bien que il restait économiquement puissant. L’université est peuplée des fils d’immigrants, beaucoup d’origine italienne.
Bien que les radicaux étaient engagés dans la démocratisation de la société, les contestations des ouvrières continuaient en étant très durement réprimées, notamment celle connue comme “Semaine tragique” (7-9 janvier 1919) qui produit 1.000 victimes et les succès dans le sud du pays appelés “Patagonie rebelle” ou “Patagonie tragique” (décembre 1921) qui produisent 1.500 victimes. C’est à partir de ces évènements que les radicaux perdent l’appui des ouvriers qui trouveront une décennie plus tard son nouveau et propre “défenseur“: Juan D. Peron.
Le président Yrigoyen vers la maison de gouvernement ( 1928 )
1 École publique de haut niveau académique dépendante de l’Université de Buenos Aires.
2C. Bernard, Buenos Aires 1880-1936, Autrement, Paris, 2001, p. 84.
Histoire de Buenos Aires. Le parti radical et la recherche de la voie démocratique
Pendant le gouvernement de Juárez Celman (1886-1890), beau-frère du président précédent, Julio A. Roca, on continue à promouvoir les travaux publics (théâtre Colon, nombreuses écoles et structures sanitaires) et la immigration. La privatisation des entreprises publiques dont celle des chemins de fer devient la plus importante, est accompagnée d’une aiguë corruption.
La concentration du pouvoir politique dans les mains du président et dans celles de quelques fonctionnaires directement désignés par lui, est énorme; comme conséquence sa présidence sera appelée l’Unicato (pouvoir unique).
Au bout de la décennie 1880-1890, avec la crise économique britannique, la situation devient insoutenable: les créanciers exigeaient des paiements qui impliquaient de puiser dans les réserves d’or en amenant une forte inflation. La monnaie est inconvertible depuis 1885 et de 1888 à 1889 l’émission de monnaie triple.
Juárez Celman, incapable de maintenir la stabilité économique, doit faire face à une puissante alliance de opposition, dirigée par Leandro N. Alem, qui donnera naissance au parti politique de l’Unión Cívica (Union Civique) puis Unión Cívica Radical. La UC était constituée par les classes moyennes issues de la immigration, la jeunesse universitaire portègne et quelque personnalité issue de la bourgeoisie comme Vicente Fidel López, Aristóbulo del Valle y Pedro Goyena.
Le 13 avril 1890 la dénonciation par Aristóbulo del Valle au Sénat de l’émission clandestine de monnaie provoque une énorme agitation. Les activistes catholiques, les classes populaires appauvries et les opposants politiques commencent à manifester à Buenos Aires et à Rosario. Leandro N. Alem, parrainé par Bartolomé Mitre, convoque les membres de la UC à un grand meeting, où débute le mouvement qui le 26 juillet de cette année se termine par la Revolución del Parque (Révolution du Parc): A. Del Valle, B. Mitre, José M. Estrada, P. Goyena et L. N. Alem, y prennent la parole, incitant à la rébellion contre la autocratie.
Après la Révolution du Parc et du pacte “de paix” entre Mitre et Roca, la UC se divise et Leandro N. Alem fonde l’Union Civica Radical (UCR).

