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Soudain le monde est là

Voici la rue Basse-de-Vieille et l’énorme masse de Sainte-Cécile tapie dans l’ombre et dont les vitraux luisent. Le chapeau de tole grince. Je ne sais si le monde s’est soudain resserré ou si c’est moi qui mets entre les sons et les formes une unité si forte : je ne puis même pas concevoir que rien de ce qui m’entoure soit autre qu’il n’est.

Jean-Paul Sartre, La nausée

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

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Il n’y a rien de barbare ou de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.

Montaigne, Essais I, 31

Le Père, le père et le mensonge de l’être

“Le Père, dit Saint-Yves d’Alveydre dans les Clefs de l’Orient, le Père, il faut le dire, est destructeur.”

Un esprit désespéré de rigueur et qui, pour penser, se met sur le plan surélevé de la nature, sent le Père comme un ennemi. Le Mythe de Tantale, celui de Mégère, celui d’Atrée contiennent en termes fabuleux ce secret, cette espèce de vérité inhumaine, dont c’est toute la recherche des hommes d’essayer de s’accommoder.

Le mouvement naturel du Père contre le Fils, contre la Famille, est de haine ; cette haine que la philosophie de la Chine ne peut séparer d’avec l’amour.

Et de cette vérité générale, chaque père particulier dans son être cherche lui aussi à s’accommoder.

J’ai vécu jusqu’à vingt-sept ans avec l’haine obscure du Père, de mon père particulier. Jusqu’au jour où je l’ai vu trépasser. Alors cette rigueur inhumaine, dont je l’accusais de m’opprimer, a cédé. Un autre être est sorti de ce corps. Et pour la première fois de la vie ce père m’a tendu les bras. Et moi qui suis gêné dans mon corps, je compris que toute la vie il avait été gêné par son corps et qu’il y a un mensonge de l’être contre lequel nous sommes nés pour protester.

Antonin Artaud, Messages révolutionnaires.

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

Il ne s’agit pas d’obtenir à tout prix une conclusion rassurante, ni d’oublier à la fin ce que l’on a trouvé en route. C’est du doute que viendra la certitude. Davantage, c’est le doute même qui va se révéler certitude. [...] toute croyance est passion et nous met hors de nous, qu’on ne peut croire qu’en cessant de penser, que la sagesse est une résolution d’irrésolution, qu’elle condamne l’amitié, l’amour, la vie publique. Nous voilà revenus à nous. C’est pour y trouver le chaos encore, avec, à l’horizon, la mort emblème de tous les désordres.

Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie et autres essais, Lecture de Montaigne.

4 minutes avec Jean-Pierre Berlan

“Le vocabulaire est trompeur, il est utilisé par les scientifiques pour cacher ce qu’il font. La génétique joue un rôle idéologique dans cet affaire et l’idéologie consiste bien à exprimer les valeurs, les envie ou les besoins des classes dominantes, en prétendant que ces valeurs soient parfaitement naturels et objectifs… une naturalisation des rapports sociaux.”

Jean-Pierre Berlan dans une interview traite du film Alerte à Babylone de Jean Druon.

Vidéo fort recommandé pour ceux qui s’intéressent au [mauvais] développement de l’agriculture et des biotechnologies…

Vidéo

Voir également les articles parus dans Le Monde Diplomatique et dans ATTAC Suisse.

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

[...] savoir, la résolution préalable de ne pas s’en remettre dans la science à l’autorité des pensées d’autrui, mais de tout examiner et vérifier soi-même et ne suivre que sa propre conviction [...].

Hegel, Phénoménologie de l’esprit, Introduction.

Pasteur, Mouton, Les deux ou Aucune des réponses précédentes?

La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est aisé d’être mineur! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc où ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.

E. Kant, Qu’est-ce que les Lumières? (1784)

Lectures d’avant-toilette: à lire avant d’y entrer

Les convictions sont des prisons.

Nietzsche, L’Antéchrist.

Mère! Pardonne-leur, car ils savent pas ce qu’ils font…

Mère Nature, nous te sommes vraiment très reconnaissants de ce que tu as fait pour nous. Tu y as sans aucun doute consacré le meilleur de tes forces. Mais, sans vouloir te manquer de respect, concernant la constitution de l’homme, tu n’as pas toujours bien travaillé. Tu nous a faits vulnérables aux maladies et aux blessures. Tu nous obliges à vieillir et à mourir, au moment où nous atteignons peu à peu précisément la sagesse. Et tu as oublié de nous fournir le mode d’emploi explicitant comment nous fonctionnons!… Ce que tu as créé est magnifique, certes, mais pourtant profondément déficient… Nous avons décidé qu’il était temps d’améliorer la constitution de l’homme… Nous ne le faisons pas de gaîté de coeur, sans crainte ni respect, mais nous le faisons prudemment, intelligemment, avec le dessein de nous améliorer… Dans les décennies qui viennent, nous chercherons à faire une série de modifications de notre constitution… Nous ne tolèrerons pas plus longtemps la tyrannie de l’âge et de la mort… Nous élargirons le champ de nos perceptions… Nous améliorerons notre organisation et nos facultés nerveuses… Nous remodèlerons notre structure motivationnelle, comme notre réceptivité émotionnelle… Nous nous programmerons nous-mêmes génétiquement et gagnerons la maîtrise de nos processus biologiques et neurologiques.

Max More, Lettre à Mère Nature, 1992

Dès demain toutes avec le burka!

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…nous sommes le seul animal dont la nudité offense ses semblables, et le seul qui doit se cacher de ceux de son espéce pour satisfaire ses besoins naturels.

C’est aussi un aspect digne de considération que ceux qui sont les maîtres en la matière prescrivent comme remède aux passions amoureuses la vue entière et libre du corps convoité, et prétendent que pour refroidir l’affection, il n’est besoin que de voir librement ce que l’on aime.

Qui découvre au grand jour les secrètes parties

du corps de l’être aimé, sent sa passion s’éteindre

au milieu des transports… (Ovide, Remèdes à l’amour, v. 429)

Montaigne, Essais, II, 12.

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